Démarche artistique
Le mouvement, la couleur, le partage sont les territoires physiques et psychologiques où s’inscrit mon élan créatif. J’ai fait mon entrée dans l’expression artistique par la danse que j’ai du abandonner suite à un accident. Toutes ces années de formation qui m’ont amenée à un niveau professionnel imprègnent aujourd’hui ma perception et modulent mon travail. Chez moi, un tableau origine dans le geste et s’y déploie. Non pas le geste impulsif, mais impulsé. Soumis à l’attente du point de rupture qui enclenche le premier mouvement. Je peins comme je dansais, ancrée dans ma sensualité kinesthésique. L’œil rivé à mon sujet, en retrait de la main aveugle qui bouge sur le papier, j’apprivoise la forme par le mouvement, je la grave dans mes muscles les plus subtils et l’y oublie. Je n’aurai plus à penser aux déplacements ni à compter mes pas, la couleur peut s’ouvrir sur la toile vierge. Et elle arrive, par masses d’abord, brute et violente, avant de se nuancer par superpositions. L’équilibre de mes tableaux repose ainsi sur le contraste. La ligne ne naît que de la juxtaposition des tons en apparence immobiles.
C’est sans doute cette relation avec le mouvement qui explique l’attrait particulier exercé sur moi par le visage humain. Je suis à l’affût de l’échange et le visage est le territoire mobile de tous les négoces. La plus apparente immobilité d’un visage n’est en réalité qu’une intention. Le regard regarde toujours : vers l’extérieur ou vers l’intérieur. J’ai donc choisi dans mon récent travail d’assumer cette fascination en me concentrant particulièrement sur le portrait en direct. Je travaille ainsi en communication, souvent muette mais non moins intense, avec la personne qui « pose » mais aussi « émet ». Je me laisse imprégner par la densité palpable de la relation qui s’installe lors de ces longs face-à -face.
Avec l’arrivée, ces dernières années, des nouveaux pigments dans l’imprimerie commerciale, je me suis tournée de plus en plus vers le médium du collage. Tout en conservant la même approche technique d’apprivoisement de la forme et de superposition des masses colorées, je dois composer dans un ballet improvisé avec des tranches de matière aux dimensions et aux couleurs moins flexibles. Comme le matériau contient souvent sa propre imagerie ou même du texte à l’occasion, il en résulte des « portraits » qui sont de véritables constructions poétiques avec leurs larges bandes non linéaires de lectures possibles. Bien qu’en apparence fortuits, de tels croisements de sens sont directement liés à l’échange intuitif qui se déroule lors de ces rencontres… où je suis de nouveau une interprète.
Beaudoin atelier d artiste
1706 ch. de la gare
Val-Morin J0T 2N0
Québec Canada
peintre collagiste, portraitiste, animation