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Robert Parrenin

Emporté par la foule…

De même que les éléments marquent de leurs intempéries le corps des arbres, celui des pierres séculaires et des golfes sablonneux, ainsi Robert Parrenin s’emploie à modeler la terre, le bois ou le bronze pour les signer de la curiosité des formes qu’il perçoit dans la nature. Profitant de la torsion naturelle d’un tronc, des portraits qu’il voit s’y dessiner, il en marque les traits, les déhanchements et les attitudes pour mettre les matériaux naturels à l’image du corps humain.

Avec une égale réussite, il épouse la forme du bois, y décèle ici un sein, là une hanche, ou la béance d’un sexe, et se propose en permanence de faire sienne la nature pour mieux lui faire dire ce qu’elle lui suggère au premier abord. C’est pourquoi les personnages qu’il sculpte ou qu’il peint sont si empreints de « maladresse naturelle » mais qui ne doit rien au manque de maîtrise, bien au contraire. En réalité ces personnages sont des mutants qui empruntent leurs âme à leur environnement.

Mais il existe une autre voie pour dire le désarroi de la personne humaine devant le mystère de la création, c’est de n’en montrer que ce qui la fait reconnaître comme telle : l’attitude du visage.

Et là Robert Parrenin nous impose une vision singulièrement efficace : par l’aspect hiératique d’un certain nombre de ses personnages de foule, par leur attitude figée, par la multiplication qu’on pourrait imaginer infinie, par leur regard levé vers le haut comme dans une attente inquiète et interrogative, par leur défilé silencieux et immobile, ils sont le symptôme de la solitude humaine à travers la foule par leur impossibilité à répondre à l’antienne : si tous les gars du monde voulaient se donner la main…car ils n’en sont pas pourvus, d’où une tentative vaine de solidarité, comme si la société, armée d’immenses lames verticales avaient coupé leurs appendices de contact.

Leur lent défilé suggère alors la résistance quasi-existentielle de la nature humaine à l’évolution mentale

Seul un regard approfondi sur la face de chacun des membres de cette société silencieuse, nous permettrait sans doute de pénétrer le sens de la question ; l’amalgame et le défilé font penser à une manifestation dont personne ne connaîtrait le mot d’ordre, mais à laquelle chacun se sentirait fondamentalement appelé à participer, comme l’invitation au banquet de la vie qui nous est lancée lors de notre conception. La pluralité des peuples,leur promiscuité, leur couleur de peau, la forme de leurs visages sont là pour nous rappeler que la nature, heureusement et contrairement aux êtres qui se prétendent intelligents, ne s’embarrasse pas de fausse distinction.

La foule n’est plus en fait qu’une multiplicité d’individus qui ne communiquent pas, et que seul leur genre humain rapproche. Ce qui prouve, une fois de plus, que l’artiste est ce filtre par lequel passe la réalité, et que s’il n’est pas seul à la découvrir, il est souvent, à son désavantage, parmi les premiers.

Jean GELBSEIDEN

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