Au nord de Montpellier, au pied du pic Saint-Loup, s’étend le pays d’Orthus. Cà et là , des panneaux indiquent le chemin des verriers. L’itinéraire débute un peu plus loin, à Sommières, et continue jusqu’à Ganges. Dès la fin du 13e siècle, les gentilshommes verriers y ont exercé leur métier, et la région a vu fleurir cet artisanat pendant plus de 5 siècles. Le chemin porte leur nom car les verriers l’empruntaient pour retrouver le Syndicat des Verriers du Languedoc, installé à Sommières.
Depuis une dizaine d’années les communes qui bordent le chemin développent initiatives et projets pour préserver dans les mémoires qui a longtemps gravé son empreinte dans la région. Aujourd’hui, attirés par la renommée passée et la douceur de ces bourgs accueillants, des verriers des temps modernes y installent peu à peu leurs ateliers. Des villages qui à eux seuls valent le détour, blottis au creux d’un virage ou juchés sur une petite colline. A Vacquières, par exemple, bucolique petite commune toute en pierres blanches, merveilleusement bien soignée, entretenue et fleurie. Apparue au XIIe siècle, Vacquières a longtemps hébergé une dynastie de gentilshommes verriers. Depuis quelques années, trois de leurs descendants se partagent la route du Moulin à Vent, une rue au centre du village où se trouvent leurs ateliers. A les entendre, leur venue ici serait surtout due au hasard d’une vie qui, un jour, vous amène dans un petit village inconnu du sud de la France et vous pousse à y élire domicile. Parmi ces nouveaux habitants, Patricia et Jean-Claude Yann sont sûrement ceux qui ont parcouru le plus de kilomètres avant de poser leurs valises. Afrique, Etats-Unis, Canada .... ils ont derrière eux des voyages, mais aussi une vraie formation. "En France, on ne trouve aucune université du verre, contrairement aux États-Unis comme à l’Institut Berbeley en Californie où j’ai été formé. Ici, l’apprentissage est davantage ouvriers et c’est dommage, car beaucoup de techniques se perdent." Jean-Claude a d’ailleurs enseigné pendant plus de dix ans à des apprentis verriers qui voulaient se lancer. "Mais c’est très dur pour les jeunes d’aujourd’hui, d’autant plus que les frais d’investissement sont énormes". Four, matériaux, lime de diamant .... mieux vaut avoir fait de substantielles économies avant de s’installer !
PASSIONS ET CHOIX DE VIE
Quand on a, comme Patricia & Jean-Claude, la passion du verre "un matériau magique", l’idéal est de la vivre à fond. Vingt ans après leur début, les voilà qui exposent un peu partout dans le monde, travaillent avec de grands magasins, et alternent objets d’art et art de la table. Réalistes, ils acceptent qui soit nécessaire "de proposer aussi des objets très commerciaux, assiettes, bijoux, etc... pour financer des projets plus artistiques". Allez voir le résultat de leurs efforts n’en est pas moins du pur bonheur. A moins que cela ne tienne à la magie du verre !